La recherche de notre nid douillet se poursuit. Pendant les deux premiers mois de notre chasse à la maison, je fais preuve d’un optimisme sans faille, continuant de vouloir visiter toute sortes de maisons même celles dont les photos montrent un trou à rat, convaincue que le charme de ces maisons se révélerait à nous si on la voyait de nos propres yeux. Je fais donc travailler notre agent très fort, lui proposant chaque semaine 4 à 6 maisons que nous souhaitons visiter. Malheureusement, nous allons de déception en déception.
Au cours de nos deux mois de recherche, nous trouvons trois autres maisons qui nous plaisent et posons une offre sur seulement deux d’entre elles. La troisième me plaît beaucoup, il s’agit d’une grande maison centennaire aux allures victoriennes, avec des moulures magnifiques et un perron fait de colonnes. Le problème? Tout le chauffage et sa circulation est à refaire, toutes les fenêtres sont à changer etc. il s’agit d’un véritable gouffre financier. Quel dommage.
Quant aux deux maisons où nous posons une offre, je note qu’il ne s’agit pas d’un coup de foudre comme nous avons eu avec la toute première maison (voir ici). Nous devenons plus “raisonnable” dans nos choix. Cependant, ces deux maisons nous passent tout de même sous le nez au vue de l’inflation des prix du marché. Certains acheteurs n’hésitent pas à mettre bien plus que la valeur de la maison, et c’est là où le bas blesse.
Nous essayons de relativiser, nous nous disons qu’il doit s’agir d’acheteurs désespérés, des famille par exemple qui ont des enfants et se doivent de trouver une maison très vite afin de scolariser leurs progénitures en septembre. De plus, nous avons choisi des quartiers qui sont très désirables, donc où la compétition fait fureur… mais la réalité est là: en deux mois seulement, nous nous décourageons. Je dois dire que notre agent, lui, reste outré par les prix qui se pratiquent dans sa profession, et à aucun moment ne nous pousse à jouer ce jeu. C’est bien de ne pas sentir la pression de ce côté, mais je commence tout de même à freiner mes élans, me demandant si je ne suis pas en train de faire perdre du temps à mon agent.
Et voilà, nous sommes au début juillet, et mon optimisme est altéré. Je ne veux plus déranger mon agent ni mon copain pour trop de visites (ces maisons dont j’ai espoir qu’elles ont du potentiel alors que tout indique le contraire..), alors j’en fais beaucoup par moi-même, lors des portes ouvertes. Nous décidons aussi de prendre une pause de quelques jours pour faire du camping, et cela nous change un peu les idées que de passer tous nos week-end dans la maison de parfaits inconnus.
C’est à notre retour que je vois La Maison – une maison en plein coeur de Saint-Boniface et très grande (tellement rare!). Cette maison est à l’extrémité de notre budget maximum. La curiosité me pousse à la visiter, mais au fond de moi je me demande si ça vaut vraiment la peine puisque nous serons en compétition avec des acheteurs qui n’hésiteront pas à aller au-delà du prix de vente, et nous ne pourrons pas suivre. Lorsque nous la visitons, nous tombons tout de suite amoureux. Une construction solide en brique, des murs épais, une myriade de fenêtres – toute en triple vitrage-, un grand terrain, un garage double, une belle terrasse, un grand salon, des moulures d’époque… Cette maison a les mêmes propriétaires depuis 50 ans, et a élevé 14 enfants en son sein! Elle a été amoureusement maintenue de toute part.
J’adore cette maison, mais bien sûr je ne me fais aucune illusion – il n’y a pas qu’à moi qu’elle va plaire. Je me demande même si nous devrions écrire une offre alors que de toute évidence nous ne nous en sortirons pas en n’offrant seulement le prix de vente. L’idée farfelue me passe par la tête de dépasser notre budget maximum afin de jouer à la guerre des prix. Après tout, la banque acceptera, il s’agit simplement d’une limite que mon copain et moi nous sommes donnés afin de ramener les dépenses mensuelles à un niveau acceptable… Mais je me ravise, nous ne voulons pas un douloureux rappel chaque mois de notre folie de viser au-dessus de nos moyens.
Nous visitons tout de même la maison une deuxième fois dans la semaine, puis une troisième fois lors de la porte ouverte le dimanche. Les offres sont pour 20h le lendemain, et nous décidons finalement de tenter le coup. Nous apprenons par notre agent à la fin de la porte ouverte qu’aucune personne n’a encore donné son intention de faire une offre, c’est assez rare. Toute la journée du lundi, je stresse et je demande à mon agent de m’appeler s’il apprend que quelqu’un d’autre a posé une offre (l’agent du vendeur doit donner ce détail en temps réel) – mais mon téléphone reste silencieux. À 19h le lundi, nous sommes apparemment les seuls à poser une offre sur la maison de nos rêves.
Cela ne veut pas dire pour autant que nous l’aurons au prix demandé, car le vendeur peut décider de refuser notre offre et remettre la maison en vente pour une autre semaine, espérant attirer plus d’offres concurrentielles.
À 20h notre agent dépose notre offre, et il informe l’agent du vendeur qu’il va rester dehors pour attendre la réponse – puisque nous sommes les seuls, cela devrait aller assez vite. Notre agent s’attend effectivement à recevoir une contre-offre de la part des vendeurs, et il est paré à l’attaque.
À 20h30, nous commençons à perdre patience, toujours pas de nouvelles. Pour les autres maisons, où il y avait parfois plus de 15 offres, nous étions fixé en moins d’une demi-heure. À 20h45, coup de téléphone de notre agent. L’OFFRE A ÉTÉ ACCEPTÉE TELLE QUELLE !
Je ne sais pas si ça vous est passé par l’esprit en lisant tout cela, mais nous, à partir du moment où nous avons su qu’il n’y aurait aucune offre contre la nôtre, nous nous sommes demandés si cette maison était aussi bien que nous le pensions – comment est-ce possible que d’autres personnes n’ait pas vu ce bijou en plein coeur d’un quartier très désirable ?
La réponse est oui, la maison est toujours aussi bien qu’au premier jour, et nous nous considérons très très chanceux. Nous expliquons notre chance par le fait que:
1) C’était au milieu de juillet, beaucoup de personnes sont parties en vacances
2) La maison a été mise en vente pendant une semaine d’extrême canicule à Winnipeg (+33 degrés) et elle n’a pas l’air climatisé. Comme le fait remarquer notre agent, quand il fait chaud dehors, on apprécie entrer dans une maison climatisée, on sent tout de suite la différence. Or, quand on visite plusieurs maisons pendant une après-midi suffocante, on a tendance à ne pas apprécier la maison qui n’offre pas cette bouffée d’air fraîche.
Pour nous, l’air climatisé n’a jamais été une priorité. J’ai vécu toute ma vie sans cela, dont 5 ans à Winnipeg, et de même pour mon copain. Je trouve cela beaucoup plus approprié d’avoir un garage pour nos deux voitures pendant les 6 mois d’hiver que l’air climatisé pour les 2-3 semaines vraiment chaudes de l’été.
3) La canicule a amené beaucoup de gens à se baigner dans les lacs plutôt que de visiter des maisons
4) Les 14 enfants étaient en charge de vendre la maison pour leur père. La plupart des vendeurs auraient pu vouloir remettre la maison en vente en espérant attirer plus d’offres, mais lorsque tu dois mettre d’accord 14 personnes, et les regrouper d’une façon ou d’une autre pour vendre une maison qui ne leur appartient pas exactement, les problèmes de coordination surpassent les bénéfices possibles de la vente – c’est la conclusion que nous en avons tiré.
L’achat de la première maison est donc très émotive, difficile sur les nerfs et mêle avec subtilité raison et sentiment. Il faut pouvoir tomber amoureux sans pour autant se laisser aller à tout donner. Il faut rester optimiste et avoir confiance afin de ne jamais revoir à la baisse des critères qui nous sont essentiels.
Je n’ai pas envie de retenter l’expérience de sitôt, mais ce qui est sûr, c’est que ça a valu tous nos efforts. HAPPY END.
